Mon parcours

Les rencontres forgent l’improvisateurs. Les coach aussi. Changer régulièrement de professeur apporte beaucoup, et surtout permet de se forger sa propre vision de l’improvisation.

Je tenais à vous raconter mon parcours dans l’improvisation, car je pense qu’elle est assez typique des étapes qu’un débutant doit traverser.

Lorsque j’ai découvert l’improvisation, c’était Vincent qui entraînait notre ligue. A cette époque là, l’improvisation reposait sur des règles strictes. Ca se passait dans le cerveau ! On s’entraînait uniquement pour les matchs. On faisait un bon gros caucus pour arriver à la définition d’un personnage (pas d’une histoire). Un personnage, une émotion, une action, un lieu, un problème et hop, on file sur scène. Ensuite, 30-45 secondes pour présenter son personnage et prendre connaissance de celui de l’autre. Et ensuite on essaye de se rencontrer vite et de trouver une histoire commune.

Le gros avantage, c’est que ça aide à monter sur scène, on sait où on va, on a pas besoin de tout gérer en même temps, on sait qui on est, on ne sait pas qui l’autre est.

Mais je n’ai quasiment jamais réussi à faire fonctionner la technique en match. Très peu d’équipes jouent comme ça, elles vous sautent dessus pour faire une rencontre tout de suite, et si vous étiez un électron, eh ben c’est pas grave, maintenant vous êtes un monsieur, et vous répondez à la question “Qu’est-ce que tu fais ?”. Dans le meilleur des cas, vous jetez votre caucus à la poubelle, dans le pire vous vous accrochez et vous faîtes refus sur refus.

Cependant, lorsqu’on faisait des matchs en divisant notre équipe en deux, ça fonctionnait plutôt bien.

Ensuite, j’ai rencontré Nabla, de Eux, qui arbitrait un de nos matchs, et il nous a proposé une vision de l’improvisation plus instinctive. On arrête de réfléchir, et on saisis toutes les pistes, et on verra bien où on va… Le moindre mouvement, bredouillement de l’autre, volontaire ou pas, s’il vous évoque quelque chose peut devenir une histoire. Plus besoin de faire un caucus, il faut devenir un monstre d’acceptation, que ce soit des propositions conscientes ou inconscientes de l’autre. Il bredouille ? Ah, tiens, il a quelque chose de difficile à vous dire. Il respire un peu rapidement ? Tiens, il a peur de quelque chose. Etc.

Au fur et à mesure, on se rend compte que les règles ne sont pas si utiles que ça finalement… On en vient à remettre en question les règles même du match, et on finit par faire des fautes volontairement, parce que le public aime les fautes aussi, et qu’on ne voit pas trop pourquoi on aurait pas le droit d’aller jouer dans le public.

Puis Haroun est venu entraîner notre ligue. Il nous a apporté la fuite en avant. Lorsqu’on débute, souvent, on fait des improvisations statiques, dans le même lieu, et en pures paroles. Haroun nous a apporté cette vision des choses, il ne faut pas hésiter à résoudre un problème, parce qu’on ne fait pas une impro sur un problème (contrairement à ce qu’on pouvait faire au début), mais sur un enjeu. La différence entre un problème et un enjeu, c’est qu’un enjeu transforme votre personnage. Il n’est plus le même avant et après. On peut faire une improvisation très drôle sur un type qui n’arrive pas à ouvrir une boîte. C’est un problème, ça peut être très comique… Mais à la fin, ça n’aura qu’été drôle. Si la boîte contient des photos souvenir de sa femme qui l’a quitté, ou des médicaments qu’il doit prendre à heure fixe, alors le problème devient un enjeu, et on raconte une histoire. Et finalement, il peut ouvrir la boîte, ce n’est pas ça qu’on a envie de voir, c’est ce qu’il va se passer ensuite, comment le personnage va évoluer. Et si l’improvisation est trop courte, et que vous êtes en spectacle, ce n’est pas grave, elle peut s’arrêter là, et si c’est un match, on trouvera quelque chose d’autre qui découle de l’ouverture de la boîte. C’est ça la fuite en avant, accepter de résoudre les problèmes rapidement pour créer des enjeux, et les faire grandir.

Au cours de tout ce parcours, s’est dégagé en addition à tout ça une certaine irritation vis à vis des cabotinages et des blagues. Lorsque vous avez envie de construire une histoire, que vous créez des péripéties pour atteindre un coffre, et que lorsque vous l’ouvrez, votre compagnon s’exclame “Oh purée ! J’ai jamais vu autant de knakis”… C’est drôle, certes ! Mais ça balaye complètement l’histoire, et même, ça l’arrête là… Alors que si on y trouve un objet personnel qui évoque autre chose que le rire, on peut continuer l’histoire, et à la fin, on ne se dira pas “tiens, c’était marrant”, mais on aura un respect pour le contenu.

En conclusion, mon point de vue actuel, c’est qu’une bonne impro doit être basée sur la liberté. Chaque joueur doit se sentir totalement libre, tout en étant respectueux et en confiance avec les autres.

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