Atelier Fast-Food Stanislavski – Mark Jane

Hier soir, j’ai participé à l’atelier organisé par Mark Jane des Improfessionals, sur la méthode de Keith Johnstone “Fast-Food Stanislavski” (décrite p385 de Impro for Storytellers).

Si vous lisez un peu ce blog, vous vous êtes déjà rendu compte que j’admires beaucoup le travail de Keith Johnstone, et que je lisais Stanislavski en ce moment… Je me suis donc précipité pour m’inscrire à l’atelier.

La méthode de Keith Johnstone était de donner un objectif aux personnages, et de les aider à y parvenir en faisant une liste d’actions pour parvenir à cet objectif. Cette liste peut être utilisée aussi bien sur une scène improvisée que sur un texte.

Le public était très varié, tant en expérience (même si c’est rarement une bonne mesure en improvisation) qu’en provenance des joueurs. C’était chouette de jouer avec des gens nouveaux !

Après un échauffement, Mark nous a fait jouer des listes pré-écrites (tirées de Impro for Storytellers si je ne m’abuse).

Après quelques essais en groupes, Mark nous a fait écrire nos propres listes, et nous avons continué à jouer en nous dirigeant de plus en plus vers des scènes à deux.

Les scènes ont souvent été très drôles et surprenantes, ce qui est indubitablement un des avantage de la méthode. On a vu assez peu de scènes sincères et touchantes, mais je pense que c’était plus du à l’état d’esprit du groupe plus qu’à la méthode en elle même !

Pour finir, un petit verre qui a donné lieu à des réflexions et des échanges très intéressants.

De tout ça j’en retire de forts avantages de la méthode :

  • Elle retire la responsabilité de l’acteur. La liste le rend finalement beaucoup plus libre, et il se censure moins. On retrouve un peu la sensation de l’impro dirigée où on ne se sent pas responsable de la scène, et on se laisse diriger par la liste. Pas besoin de chercher des idées, de tenter d’être intéressant, on suit la liste et la scène prend soin d’elle même.
  • Elle permet d’explorer des scènes qu’on aurait jamais tenté autrement. Lorsqu’il a fallut jouer une scène ou j’étais un cardinal venu rencontrer le pape, et que ma liste était “pour séduire”, je me suis retrouvé à draguer le pape, ce qui ne me serait sans doute jamais venu autrement.
  • Elle crée des personnages forts et profonds avec plusieurs niveaux de lecture (un texte et un sous texte).

Elle a également d’autres avantages, c’est qu’elle crée des scènes souvent drôles, sans qu’il ne soit nécessaire de faire des gags. Ca met bien en évidence qu’un personne ou une situation est drôle en elle même, pas besoin de rajouter des blagues ! Le fait que ce soit drôle vient aussi du fait qu’il s’agit d’une certaine manière d’un “jeu de la scène” : les joueurs, en plus de faire une scène, s’amusent à suivre une liste et à la justifier, ce qui rend le public attentif à si il va parvenir ou non à son but.

Il est également important de souligner qu’il n’est pas important que la liste contienne de “bonnes” façon de parvenir à l’objectif. Des propositions vouées à l’échec sont aussi très intéressantes à jouer !

Mark a beaucoup orienté l’atelier autour de la liste elle même, en se détachant du but. La liste devient alors un ensemble d’actions cohérentes qui permettent de se lancer dans l’action et de justifier ensuite. Cela donne des scènes vraiment drôles, et vraiment savoureuses, car elles forcent à prendre un risque tout en étant très libérateur.

Cependant, j’aimerai également essayer de travailler la méthode en se concentrant sur l’objectif, la liste n’étant alors qu’un outil… Je pense qu’il sera alors plus facile d’avoir des scènes moins drôles mais plus sincères.

Il existe également un autre problème avec lequel Keith lui même semble se débattre, à savoir le fait qu’en étant trop concentré sur la liste, on oublie un peu son partenaire, et on a tendance à faire la liste sans vraiment s’écouter. Pour résoudre ce problème, il semble que Keith confie désormais la liste à d’autres joueurs qui donnent aux joueurs sur scène les instructions (voir The Improv Handbook, de Tom Salinsky et Deborah Frances-White, p183-184).

Pour finir, l’approche en liste rend également assez difficile de se laisser changer alors qu’on revient à la liste, mais c’est sans doute une difficulté qu’on surmonte avec la pratique.

En tout cas, je vous recommande de vous essayer à la méthode, que ce soit à partir du livre de Keith ou des ateliers des Improfessionals.

Vous pourrez retrouver des listes sur le wiji. N’hésitez pas à rajouter les vôtres !

Atelier, Réflexions , , , , , , , , , , ,

2 comments


  1. ju

    Intéressant.
    Comment ça se passe alors concrètment sur scène, il faut apprendre les listes, mais là on risque d être ds sa tête.
    Ou c est plus un exercice d atelier ?

    • Ouardane

      Effectivement, décrit comme ça l’est dans l’article, ça se travaille seulement en atelier. L’intérêt scénique est sans doute assez faible.

      En revanche les Improfessionals, et certains de leurs élèves (Impro Academy Performance Project : Les Accusés) avaient tenté d’adapter FFStanislavski sur scène. L’idée était de construire un personnage à partir de quelques éléments d’une liste établie par le public (qu’est ce que ce personnage fait d’habitude, qu’est ce qu’il dit souvent). Cependant, je pense qu’on perd un peu des effets libérateurs de la liste à partir du moment où on retire la liste.

      Le principal bénéfice c’est de donner la permission aux joueurs de faire des personnages énormes, ce qui permet qu’ils se lancent plus facilement dans un personnage fort sans la liste ensuite…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *