En finir avec le modèle troupe

La troupe, ce modèle qu’on retrouve principalement dans l’improvisation française est un modèle mal utilisé, voir un mauvais modèle…

Quels sont les différents modèles ?

  • Groupe ouvert : un groupe entre 20 et 30 personnes qui pratiquent un format simple régulièrement (au moins une fois par semaine). Ils ne s’entraînent pas forcément régulièrement, mais jouent beaucoup. L’entrée se fait par casting ou est ouvert. Un directeur artistique surveille plus ou moins le groupe. Lorsqu’un membre ne fait plus l’affaire, il est remercié.
  • Groupe projet : un groupe à taille variable (2 à 20+) qui se réunit autour d’un projet, avec généralement un format assez spécifique, ou une ligne directrice très forte. Il y a un directeur qui choisit ou cast le groupe. Il mène le projet et prend les décisions artistiques le plus souvent.

Il existe de nombreuses variations et subtilités dans les différents types de groupes, et je suis certain qu’il y en a d’autre. Mais à Vancouver et Seattle, le spectacle principale standard fonctionne souvent sur un modèle de groupe ouvert, et les spectacles spécifiques fonctionnent souvent sur un modèle de groupe projet.

Une troupe pourrait avoir de gros avantages comme modèle : avoir une identité très forte et marquée (comme peut l’avoir On The Spot ou 3ForAll qui jouent costumés avec un style bien à eux), développer des liens forts entre les comédiens au cours des années, avoir une réputation auprès du public.

Cependant, bien peu de ces avantages ne sont utilisés :

  • bien peu de troupes ont une réelle identité, bien qu’on puisse noter quelques tentatives avec Showtiiiime par exemple
  • le recrutement des troupes provoque le plus souvent un renouvellement régulier, et il y a bien peu de troupes qui ont traversé les années en gardant leur casting d’origine
  • le principal public visé par les spectacles d’improvisation est un spectacle de proches, avec une communication faîte par les réseaux sociaux ce qui empêche de maximiser l’effet bénéfique d’une bonne réputation (bien que billetreduc favorise quand même les troupes avec une bonne réputation).

Les gros inconvénients du système de troupe est qu’il s’organise autour des individus. On tombe donc dans le monde du compromis, en particulier lorsqu’il n’y a pas de directeur artistique. Ainsi, il est très difficile d’aller dans une direction affirmée permettant la découverte et le développement d’un style propre à la troupe. Les spectacles sont un agglomérat de compromis, ce qui endommage parfois la vision initiale. L’artistique passe alors au second plan, la priorité allant aux individus.

On se met alors à travailler un peu de tout, mais jamais trop longtemps pour ménager les individus. Il devient alors impossible de mener un projet à long terme car il faut alors maintenir tout le monde impliqué.

J’ai vu un spectacle de Star Trek improvisé : l’un des improvisateur était spécialisé dans les accessoires et son rôle était de mettre en scène les vaisseaux spatiaux et de fournir les gadgets technologiques pour le reste du groupe. Ce type de rôle ne pourrait pas vraiment émerger à long terme dans une troupe !

Le gros avantages des troupes est qu’elles trouvent souvent une salle pour jouer régulièrement, et peuvent y monter différent type de spectacle. Mais c’est un pur confort pour ménager les individus : il y a une date régulière à laquelle on peut jouer, et au bout d’un certain moment, l’administratif tourne plus ou moins tout seul.

L’inconvénient des groupes projet est qu’à chaque projet, il faut retrouver un financement, une salle, etc… Difficulté qui est contournée dans les autres pays par la présence d’un théâtre consacré uniquement à l’impro.

En France, le système troupe est omniprésent, parallèle à l’idée d’équipe en match. Encore une fois, je regrette le manque de diversité des modèles, bien qu’il en existe :

New, comédie musicale par Florian Bärtsch des Improfessionals se monte sur le système de groupe projet. Il me semble que le spectacle Casino est également sur le même modèle. J’ai également eu vent d’un groupe secret sur le modèle d’un groupe ouvert…

Dorénavant, improvisateurs posons nous des questions, plutôt que de céder aux automatismes match et troupe. Que format voulons nous jouer, avec quel modèle de groupe ?

Essayez une fois de monter un projet, de le mener avec sérieux jusqu’à ce qu’il ressemble à ce que vous voulez, et jouez le 3 fois par semaine pendant 4 semaines. Vous découvrirez une toute nouvelle forme de satisfaction ! Promis !

Réflexions

10 comments


  1. OK, spécialisons-nous dans le long-form zombie “Impro of the dead” !

  2. Ian

    Et pourtant, On The Spot est sur le modèle “troupe”…

    • Ouardane

      Oui, 3ForAll aussi, mais ils exploitent très bien le modèle : ils sont peu nombreux, et le casting change peu au cours des années. Ils ont une forte identité (costume, style).

      • Ian

        T’as réponse à tout !

        • Ouardane

          Oui =)
          Mais c’est parce que je ne pense pas que le modèle de troupe soit intrinsèquement mauvais. Il a ses avantages ! Mais il est très mal utilisé je pense…

          • timo

            “Ils ont une forte identité (costumes, style…).” C’est ça qui forme l’identité d’une troupe? Cela me semble curieux!

          • Ouardane

            Le style, très certainement. Les costumes, pas forcément, mais ça participe à un univers. Quand on regarde 3 for All, ou On The Spot, leurs costumes sont très en accord avec leur style.

            L’identité d’une troupe est à mon avis leur univers et leur style. Et quand on a un univers bien défini, les costumes suivent assez naturellement.

            Pour le style, la majorité des troupes ont juste un style “varié” parce que construit autour de ce que veux faire chaque individu… Je pense qu’il faut un petit groupe, qui se renouvelle peu, et qui joue ensemble longtemps pour forger un vrai style.

  3. timo

    La notion de style reste quand même très abstraite.
    Je suis plus sensible a la manière de jouer qu’au costume. Cela me rappelle un article précédent ou l’on parlait du décorum pour délimiter un format. Ou tu disais à raison qu’un décorum ne voulait pas dire format. Je crois que le décorum tout comme les costumes n’est qu’une partie de” la mise en scène” d’un spectacle. La mise en scène elle même n’est qu’un partie d’un spectacle. Il y a le format a proprement parler puis l’impro que cela fait travailler. Dans le cas d’ON the SPOT c’est à mon sens clairement l’aptitude a faire un spectacle d’impro muet qui délimite le style de cette troupe (encore que je crois qu’ils font d’autre spectacle) le fait d’être habillé dans les années 1920 prends evidemment tout son sens.
    Avoir des costumes pour avoir des costumes cela ne reste qu’un gadget artificiel. Je ne crois pas que cela soit avoir du style.

  4. timo

    « Le style, pour l’écrivain aussi bien que pour le peintre, est une question non de technique mais de vision. »
    P.Valéry

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