Science-fiction

Ça fait bien longtemps que je n’ai pas écrit sur ce blog… voilà un article qui me traînait dans la tête depuis un moment….

J’ai développé une sainte horreur pour les scènes de science fiction improvisée. Je devrai dire pour LA scène de science fiction improvisée.

Si on dit à des improvisateurs de faire une scène de science fiction, on se retrouvera systématiquement sur le pont d’un vaisseau spatial, et la première phrase sera sans doute “Commandant, au rapport !”

Au mieux, les improvisateurs visiteront des planètes sans jamais sortir du vaisseau, et en voyant le monde extérieur par leur écran géant !

Je la connais trop bien cette scène… J’ai envie d’en voir d’autres ! Surtout que j’adore la science fiction !

Pour éviter d’avoir à LA revoir sans arrêt, voici ici quelques idées pour faire des scènes de science fiction spontanées, inspirantes et avec du fond ! Oui, oui, oui… Rien que ça !

L’intérêt de la science fiction repose à mon avis sur deux aspects essentiels :

  • L’imagination : la capacité à décrire un univers futuriste cohérent et inventif.
  • Le questionnement : la science fiction nous renvoie une image déformée de notre société, et nous met en garde sur ce qu’on pourrait devenir.

Pour l’imagination, je ne crois pas qu’il y ait de règle, à part : soyez spontanés, prenez le risque de vous échaper des clichés (vaisseaux spatiaux et lasers), et restez évidents (si votre univers de science fiction repose sur le fait que les humains ont disparus et que les rhinoceros ont pris la place, alors on peut imaginer un univers complètement adapté à l’absence de pouce opposable, basé sur la parade et la démonstration d’agressivité, etc… ? => on peut alors tirer le fil. Mais si les rhinoceros ont pris la place des humains, et que les aliens ont débarqué, et que des chimpanzés mutants ont constitué une société souterraine, vous risquez d’avoir plus de mal à créer quelque chose de cohérent)

En ce qui concerne la question, elle est souvent éthique. Elle nous demande : “est-ce que c’est comme ça que vous voulez devenir ?”.

Il n’est pas nécessaire de commencer la scène en connaissant la question. En revanche, si vous utilisez les techniques que je vais vous suggérer, elle émergera toute seule.

Beaucoup d’oeuvres de science fiction reposent sur deux mécanismes que vous pouvez utiliser pour créer votre univers :

  • L’exagération d’une technologie actuelle : de nombreux ouvrages reposent sur l’idée que les humains vont développer des robots, qui vont se rebeller dans terminator ou dans matrix, ou qui vont rester pacifique et au service de l’être humain dans Asimov. En impro, on peut prendre n’importe quelle technologie qui se développe et l’exagérer : les réseaux sociaux deviennent omniprésents et dès qu’on croise quelqu’un dans la rue, on peut voir toutes les informations sur sa vie ; le téléphone portable devient intégré à notre cerveau, et lorsqu’on pense à quelqu’un, nos pensées lui sont transmises ; on peut se déplacer instantanément n’importe où sur terre en une fraction de seconde…
  • La satisfaction d’un besoin/d’un désir humain : l’immortalité dans time out, l’arrêt du travail et la non prise de risque dans clones. Encore une fois, très facile à faire en impro : l’homme s’est modifié génétiquement pour se faire pousser des ailes et peut désormais voler ; la société interdit la frustration sexuelle et la loi oblige tout individu à coucher avec un autre si l’un d’entre eux le désir ; la société atteint la parfaite égalité et produit des bébés tous identiques habillés de la même façon.

Comme dans toute bonne histoire, il vaut mieux commencer par exposer la situation, décrire le monde et l’environnement en restant positif et sans perturbation. Il est tentant de montrer le futur comme une vilaine dictature sans espoir, et de faire du cyberpunk, mais commencer positif, c’est bien aussi. Il est donc important de montrer toutes les choses merveilleuses qu’on peut faire dans ce monde nouveau (voler, aller à 5 concerts à Berlin, Tokyo et New York dans la même nuit, avoir toutes les femmes du monde avec une queue de 100m à l’entrée de l’appartement des mannequins, etc…)

Ensuite, un élément perturbateur va venir mettre du sable dans l’engrenage. Il peut s’agir d’une communauté d’humains qui ont rejetté ce progrès, la technologie qui se met à mal fonctionner (oui, les humains ont des ails, mais ils développent aussi un bec et perdent leur aptitude à parler), ou quelqu’un qui se rend compte que la technologie peut être détournée de son utilisation (par le gouvernement ou des terroristes : dans l’exemple des téléphones dans la tête, ils pourraient être utilisés pour faire un lavage de cerveau à l’humanité entière).

Cette dérive va mettre en général la société ou l’humanité en péril : c’est à ce moment là qu’on pose la question “est-ce que c’est vers ça qu’on veut aller ?”.

Un héro surgit alors en général, soit parce qu’il est issu de la communauté de ceux qui ont rejetté la vie moderne, soit parce qu’il comprend plus vite que tout le monde. Il est en général banal et issus des plus basses classes de la société, et va s’opposer aux classes dominantes pour remettre en cause le système de la société.

La fin peut être pessimiste et plonger l’humanité dans l’oblivion ou optimiste et montrer qu’en revenant à nos qualités humaines, on peut surmonter n’importe quoi.

Bien évidemment, ce canevas ne couvre pas tous les récits de science fiction possible, mais il permet de créer des scènes avec un message.

De façon plus simple, pour éviter le piège du vaisseau spatial, il est possible de se lancer dans une scène de science fiction en la commençant sans élément de science fiction : nadine prend le soleil dans son jardin en lisant un livre… La science fiction peut arriver ensuite : une version plus agée d’elle surgit du jardin et lui dit : “je n’ai pas beacoup de temps. Tous nos espoirs reposent sur toi, enfin sur nous. Il faut que tu arrête le développement du virus” et elle disparaît dans un flash…

Réflexions

3 comments


  1. Ian

    Je suis d’accord que la plupart des scènes d’impro passent à côté du traitement du “genre” parce que, comme tu le dis, ils oublient de se demander “quelle est la question fondamentale que pose le genre ?” La question que tu soulignes (“Est-ce que c’est comme ça que vous voulez devenir ?”) est pertinente et si un un début de réponse n’est pas apportée par la scène, on aura le sentiment en tant que public d’avoir été floué par les improvisateurs.

    Mais tu ne donnes pas vraiment de pistes de travail pour sortir du cliché (“Commandant”). Pour moi, j’en vois deux :

    1) Le brainstorming en troupe : avant le spectacle, listons ensemble toutes les situations qu’on pourrait faire sur scène et qui mettraient le thème en valeur. Au moment de commencer une scène de genre, piochons là-dedans !

    2) L’exercice de Keith sur les thèmes + titres : écrivez sur des bouts de papiers des thèmes (écologie, religion, science-fiction, etc…) et écrivez sur d’autres bouts de papier des titres (la porte, la trahison, les jeunes-mariés, etc…). A la fin de la scène, le public vote opur savoir si le “thème” a été traité. Le titre est là pour inspirer différentes situations et enjeux au sein d’un même thème. L’association “thème + titre” libère la créativité ! Sur le thème “science-fiction” et le titre “jeune mariés”, Keith dit qu’on pourrait par exemple avoir une scène où la jeune mariée découvre que son mari est un robot. Etc…

    • Ouardane

      Merci pour le complément =D

    • Miolon

      Hello!

      Je pense qu’il ne faut pas non plus oublier l’immense variété du genre. On devine un peu ça dans ton article, il me semble, mais je voudrais le souligner.
      La SF c’est pas juste Star Wars et Star Trek. Bref, c’est pas que le “space opéra”.
      J’avais pas mal travaillé sur le roman d’anticipation avec ma troupe et on mettais en avant le fait qu’il y ait un message et qu’un individu rebelle lutte contre la société… Un peu comme tu le suggères d’ailleurs. Du coup on avait trouvé des chouettes univers.
      Mais on peut aussi aller du côté du cyber-punk, ça fait plus poisseux, ou encore chercher dans le post-apocalyptique (Mad Max!) ou dans Asimof ou dans tout ce qu’on voudra…

      Donc merci pour cet article qui souligne un vrai manque dans beaucoup de spectacle d’impro. En fait, j’ai l’impression qu’on fait souvent les SF à la manière de l’improvisation de SF… C’est auto-référencé, d’où le fait que ça se répète…
      Un peu comme les westerns-saloon-duel-herbes-qui-roulent, ou les Tchekhov-y-a-plus-de-bois-pour-le-feu… Un peu comme beaucoup de catégories qu’on ne connait pas assez…

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