Comment ne pas être raciste en improvisation

Petit guide pour éviter d’être raciste en improvisation.

Préambule

Définition

Avant de commencer, racisme sera défini dans cet article comme une structure systémique de notre société qui bénéficie à certaines personnes et nuit à d’autres basé sur leur couleur de peau.

Il est important de comprendre l’aspect systémique de cette définition: la propagation de stéréotypes sur un groupe de personne ne rentre dans cette définition que si ça participe à un impact négatif sur leur vie. Par exemple, les personnes portant un nom maghrébin reçoivent 3 à 5 fois moins de réponse à un CV qu’une personne avec un nom stéréotypiquement français. Propager le stéréotype que les maghrébin⋅e⋅s sont des voleur⋅se⋅s et des fainéant⋅e⋅s participe à cette discrimination. En revanche, propager des stéréotypes négatifs sur le groupe qui bénéficie avantageusement de ce système ne rentre pas dans cette définition du racisme. Propager le stéréotypes que les blanc⋅he⋅s ne savent pas danser n’a aucun impact sur leur capacité à trouver un emploi, un logement, etc. Ceci sort de la définition utilisée pour cet article.

Mais moi je me moque de tout le monde

Nan.

Vous vous moquez de toutes les minorités / de tous les groupes oppressés. Mais c’était quand la dernière fois que vous avez fait une blague sur les blancs?

La base

  1. Ne commentez pas sur la couleur de peau de vos partenaires de scène. Vous n’avez peut-être pas l’habitude de jouer avec une personne racisée ou une personne étrangère, cependant, laissez la personne amener le sujet si elle le souhaite plutôt que de lui imposer.
  2. Ne faîtes pas d’accent venant d’une région du monde que vous connaissez mal, que votre pays a bombardé, colonisé, réduit en esclavage, pillé, massacré, etc…
  3. N’incarnez pas une personne venant de ces régions à moins d’avoir développé une connaissance approfondie de la culture locale, sinon, vous en serez réduit à incarner des stéréotypes.
  4. Le racisme « second degré », ce n’est pas drôle. Dire quelque choses raciste sous prétexte de second degré, ce n’est pas drôle, et c’est franchement le degré d’humour le plus faignant: « tiens, j’ai répété ce que disent les gros racistes qui agressent les personnes racisées, mais je l’ai dit avec un ton légèrement différent, alors maintenant, c’est de l’humour ». C’est peut-être de l’humour, mais ce n’est pas drôle, en particulier pour les personnes qui sont victimes de ces commentaires au premier degré.
  5. Si une personne racisée fait une blague sur sa couleur de peau, ce n’est pas une invitation pour vous d’en faire une. Rire des agressions qu’on reçoit n’est pas une invitation aux personnes qui ne sont pas racisées à participer.

Le compliqué

Vous maîtrisez la base, vous êtes plein de bonnes intentions, et vous êtes opposés au racisme… Bravo, mais il reste des écueils à éviter. Cependant, ils sont plus nuancés, et ils vont dépendre de votre équipe, de votre public, et des nuances dans votre façon d’aborder les choses.

  1. Le racisme-spectacle. Jouer un personnage raciste peut paraître une formidable façon de dénoncer le racisme et de faire du théâtre engagé, cependant, jouer une caricature de votre oncle raciste qui utilise des mots vulgaires pour décrire les personnes racisées et dit des horreurs à table à Noël n’a que peu d’intérêt pour les gens qui sont victimes de racisme. On sait qu’ils existent, on sait que c’est pas bien, on est pas obligés de les remettre sur une scène de théâtre. Sauf si vous faîtes du théâtre de l’opprimé, et que vous entraînez votre public à répondre. Je préfère largement que vous répondiez à votre oncle à Noël plutôt que vous finissiez la dinde et mettiez votre oncle dans votre prochain spectacle.
  2. L’appropriation culturelle / la moquerie des pratiques culturelles: parodier le rap, le blues, le yoga, ou d’autres pratiques ancrées dans une culture différente, en particulier si vous n’avez qu’une connaissance superficielle de ces pratiques et que vous n’avez pas été invité à y participer n’est pas une bonne idée.
  3. La nostalgie d’un passé blanchis. L’histoire est remplie de génocides et d’atrocités racistes. Évitez d’effacer les aspects négatifs de l’histoire. Par exemple, il ne nous viendrait pas à l’esprit de jouer un soldat allemand en 42 sans mentionner qu’il est dans une armée nazi. Pour autant, nous sommes tout à fait à l’aise pour jouer des western avec des gentils cow-boys qui sont en fait des colons qui ont commis un génocide des natifs américains (le terme indien est raciste, ça fait 400 ans qu’on s’est rendu compte qu’ils n’étaient pas indiens…). Porter un regard nostalgique et romantique sur le passé, c’est ignorer le fait que le racisme de cette époque était un GROS problème.

Que faire?

Que faire? Comment traiter de ces sujets?

  1. Parlez de ce que vous connaissez. Personne ne produit d’art brillant à partir de rien. Faîtes de l’impro à propos d’expérience, de vécu, d’univers que vous connaissez et maîtrisez. Vous serez alors capable d’apporter de la nuance et de la complexité, plutôt que de rester dans des stéréotypes superficiels.
  2. Diversifiez votre équipe. S’il vous paraît important d’aborder ces sujets, c’est très louable, mais au delà de connaître les sujets, il est important de diversifier votre équipe, et donner du pouvoir artistique aux personnes que vous avez recruté pour qu’elles puissent exprimer leur vécu et leur vision.
  3. Riez de tout, mais pas avec tout le monde. La phrase de Desproges est souvent mal interprétée et utilisée. Desproges suggérait qu’il était important de rire de tout, mais pas avec tout le monde, parce que vous n’étiez pas sur que votre public rie pour les mêmes raisons que vous. Et autant, on peut rire du racisme, autant, on ne peut pas le faire avec quelqu’un qui rirait au premier degré. Connaissez votre public: s’il est majoritairement blanc, peut-être que vous pouvez commencer par vous demander pourquoi… Et soyez attentifs aux stéréotypes que vous allez propager.

Conclusion

L’impro est plein de stéréotypes faciles, et la qualité de nos spectacles de notre humour ne sera qu’améliorée par l’arrêt du recours à ces idées reçues. Construisons des personnages complexes et nuancés, basés sur notre intelligence et notre connaissance. Diversifions nos équipes et nos publics. Laissons la parole à ceux qui savent de quoi ils parlent.

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