Prof, Coach, Directeur·trice: les petites nuances

Souvent, après avoir accumulé un peu d’expérience en improvisation, on se retrouve dans une pièce, avec d’autres personnes. Tous les regards sont tournés sur vous dans l’attente que vous leur disiez quoi faire.

Directeur·trice, prof, coach, quelles nuances de positionnement et d’approche?

Le·la prof

Selon moi, le rôle du·de la prof d’improvisation est légèrement différent suivant qu’on utilise une approche du processus d’improvisation (un cours pour débutant pour lâcher prise, un cours avancé sur la spontanéité ou l’espièglerie) ou d’un résultat (narration, jeu d’acteur, clown, mime, etc.)

L’approche processus

Lorsqu’on propose un atelier processus, la question que je me pose le plus souvent est : « de quoi a besoin cette personne/le groupe pour se libérer ».

Je ne cherche pas nécessairement à transmettre un savoir technique ou pré-établi, je cherche simplement à donner à chaque élève ce dont il ou elle a besoin pour collaborer et co-créer avec ses partenaires. Quelques exemples:

  • Mettre en confiance l’élève timide, l’aider à réaliser que l’échec fait partie du processus et est célébré.
  • Aider à lâcher le contrôle pour l’élève qui ne tient pas compte des propositions de ses partenaires
  • Encourager l’élève trop rationnel à exprimer/montrer des émotions
  • Débloquer la spontanéité d’un élève qui se juge et passe beaucoup de temps dans sa tête.

Le but n’est pas nécessairement de transmettre une technique spécifique de jeu d’acteur, de construction, de mime, etc… Le but est de donner à chacun·e l’attitude qui leur permettra de faire ce qu’ils ou elles veulent. Le processus est donc de trouver le nœud chez la personne, et l’aider à le dénouer.

L’approche consiste à mettre les élèves dans une situation de confiance et de découverte positive. Imaginer des jeux dans lesquels une attitude collaborative fonctionnera mieux et les amusera plus.

L’approche résultat

Ce type d’approche correspond à la transmission d’un savoir technique avec un résultat extérieur clairement observable : jeu d’acteur sincère, création d’une histoire bien ficelée, etc.

Dans ce cadre, mon processus pédagogique et de réfléchir au rendu final, et le découper en petits morceaux et petites compétences simples que je vais enseigner les unes après les autres puis les assembler.

Pour prendre un exemple, si je souhaite enseigner la notion de plateforme (moment de stabilité au début d’une histoire) à un groupe d’improvisateur·trice·s expérimentés, je vais découper la compétences « faire une bonne plateforme » en sous compétences:

  • Capacité à définir/imaginer les éléments de base d’une plateforme (qui? quoi? quand? où?)
  • Capacité à communiquer (émettre et recevoir) de façon non subtile ou subtile ces informations
  • Capacité à créer une stabilité routinière où tout va bien
  • Capacité à créer une plateforme qui « commence au milieu » (le début de l’histoire commence au moment où un couple attaque le dessert d’un repas, et pas nécessairement au moment où ils ou elles arrivent au restaurant)

Typiquement, chaque sous compétence fera l’objet d’une attention particulière, soit au travers d’un jeu spécifique, soit au travers de mes retours qui seront concentrés uniquement sur le point travaillé, et pas sur le reste.

Il est toujours possible de subdiviser ces compétences en sous compétences plus simples et d’effectuer un travail qui recoupe l’approche processus en se demandant quelles sont les compétences qui manquent au groupe ou à l’individu pour acquérir la compétence globale.

L’approche consiste donc à expliquer découper des compétences complexes en briques essentielles.

Le coach

J’utilise ici le terme de coach comme intervenant auprès d’une troupe ou d’un projet existant, pas au sens coach de match. Il existe de nombreux articles écrits par des gens bien plus compétents que moi sur le coaching (ici, , ou ).

Dans ce cadre, il est important pour moi de me mettre au service du projet théâtral et artistique du groupe auprès de qui j’interviens. Ce que je me dis : « dîtes moi où vous souhaitez aller, je vous dirais comment ».

L’idée est alors de prendre du temps pour écouter les besoins, les expériences et les envies du groupe et de proposer une approche pour répondre aux besoins et aux attentes.

Quelques exemples :

  • « On s’amuse bien, mais il y a parfois un peu trop d’idées sur scène ». J’entends alors que le groupe manque peut-être un peu d’écoute. Que le jeu est peut-être un poil trop rapide. Que le groupe a peut-être un peu peur que le public s’ennuie. Je vais alors peut-être travailler sur le silence, l’écoute, la plateforme.
  • « J’ai des hauts et de bas en terme de motivation ». J’entends alors que la personne a peut-être du mal à trouver du plaisir sur scène. Je vais travailler sur le fait de s’inspirer les uns les autres, refuser ce dont on a pas envie pour éviter de se forcer, ou sur l’espièglerie.
  • « On travaille sur un spectacle de science fiction réaliste ». J’entends qu’il va falloir travailler le genre de science fiction, le jeu d’acteur, la construction d’univers, la construction d’histoire.

Comme les exemples l’illustrent, suivant les besoins, et suivant le groupe, je vais composer un programme qui mélange des approches processus et des approches produit pour y répondre.

Le·la directeur·trice

Et pour finir, le·la directeur·trice. Ici, directeur·trice artistique qui a un projet qu’il ou elle veut réaliser.

Le rôle de directeur·trice est proche du rôle de coach, à la différence près que cette fois ci, ce sont ses choix artistiques qui guident le contenu. Je vais donc commencer par sélectionner un groupe de personnes qui adhèrent au projet et qui ont les compétences pour le mener.

Le travail du·de la directeur·trice est donc de communiquer clairement son projet, et de faire le travail de coach/prof pour amener le groupe à la réussite du projet.

Au cours de ce processus, il est important d’identifier les compétences et attitudes nécessaires à transmettre, ainsi que de s’assurer de l’adhésion continue des participant·e·s au projet.

Conclusion

Ces différences sont évidemment exagérées et légèrement arbitraires, car lorsque je donne un cours ou coach, mon directeur intérieur n’est pas loin, et je donne des retours également basé sur ce que j’estime être du bon théâtre. De la même façon, lorsque je donne un cours basé sur l’approche résultat, je peux mobiliser des approches processus pour favoriser l’apprentissage des compétences.

Cependant, cette réflexion me permet d’ajuster mon enseignement et ma contribution artistique au public et au contexte.
Et vous? Comment approchez vous ces différents rôles?

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