Besoins humains / scène d’impro

Au cours de cette conférence, Tony Robbins liste les besoins humains :

  • Assurance (Certainty)
  • Inconnu (Uncertainty)
  • Importance (Significance)
  • Connexion/Amour (Connexion/Love)
  • Évolution (Grow)
  • Contribuer au delà de soi (Contribute beyond yourself)

La bonne impro réunit tout ça :

Assurance : le contrôle, le besoin d’une plateforme, la confiance que les joueurs ont dans le groupe, la confiance du public dans les joueurs, règles, format, etc… Un bon spectacle a besoin de points fixes, de points stables.

Inconnu : risque, perte de contrôle, inconnu, échecs, briser les règles, inviter un nouveau joueur sur scène, demander des suggestions au public, faire des choses qu’on a jamais fait avant… Une bon spectacle a également besoin d’inconnu et de chaos !

Importance : faire des scènes qui marquent, qui parlent de sujets sérieux (pas forcément sur un ton sérieux), raconter des histoires, avoir des morales, poser des questions, toucher, émouvoir… Un bon spectacle a également besoin de ne pas se limiter à une série de scènes stupides sans signification, il faut aussi des scènes qui comptent, des scènes importantes !

Connexion/Amour : connecter avec le public, offrir un spectacle unique, montrer au public qu’on est là ce soir pour lui et que le spectacle serait différent s’il était différent, connexion entre les joueurs, émotions dans le spectacle, chaleur d’un présentateur envers le public… Un bon spectacle a besoin de tous ces éléments de connexion et de chaleur.

Évolution : avoir un spectacle qui monte en puissance, des spectacles qui ne se ressemblent pas, des scènes avec de la variété, des joueurs qui changent de style, qui changent de gags, qui changent d’émotions, qui changent, un spectacle qui s’améliore au cours du temps et de la saison, des joueurs qui s’améliorent… Un bon spectacle a besoin de ce mouvement, de cette évolution.

Contribuer au delà de soi : laisser les spectateurs avec quelque chose, les laisser dans un meilleur état que celui dans lequel ils sont arrivés, explorer leur peurs et leurs craintes, les rassurer, leur proposer des évolutions d’une situation plausibles, jouer le véritable rôle du comédien dans notre société… Un bon spectacle a besoin d’avoir un rôle au delà du plaisir des comédiens de jouer !

Evidemment, ces éléments se contredisent. Il faut savoir faire le bon mélange pour avoir un très bon spectacle.

Pour autant, de nombreux spectacles manquent carrément d’un de ces éléments !

Tous les spectacles d’impro ont de l’assurance : tomates, caucus, contrôle, joueurs qui font ce qu’ils savent faire…

Tous les spectacles d’impro ont de l’inconnu, mais pourraient aller plus loin : suggestion des spectacteurs par exemple, mais de nombreux spectacles manquent de risque, et on voit les joueurs rester dans le contrôle.

Très peu de spectacles d’impro ont de l’importance : on en ressort sans histoires, sans scènes importantes.

Certains spectacles établissent une connexion avec le public : malgré la présence de système d’interactivité, bien peu de spectacle essayent de trouver ce qui va plaire à ce public particulier ce soir là !

Pour l’évolution, ça dépend des groupes : s’il y a un système de retour et de critique, on peut espérer une amélioration, mais bien peu de groupes acceptent ou encouragent la critique, freinant le progrès. Peu de groupes font attention à la variété de leur spectacles.

Contribuer au delà de soi : à l’instar de l’importance, bien peu de spectacles ont un réel rôle sociétal…

Alors ? On ajuste les curseurs ?

Réflexions

Paradigme

Un paradigme est une vision vastement acceptée.

Il y en a un que je souhaite combattre vivement parce qu’elle génère des comportements que je trouve inintéressants.

De nombreux avis en impros se basent sur l’idée qu’on ne peut pas atteindre la qualité d’un texte ou d’une pièce écrite en impro. Récemment, un article sur Impro-Bretagne, soulignait encore ce paradigme !

Qu’est-ce qu’implique ce paradigme :

  • qu’une histoire s’écrit mieux en commençant par la fin, et que lorsqu’un écrivain produit un roman, il connaît la fin quand il commence à l’écrire,
  • que pour produire un chef d’œuvre, il faut beaucoup de corrections et de rectifications du premier jet,
  • qu’un spectacle d’improvisation sera moins bien qu’un spectacle répété.

Cette conception très largement répandue induit les comportements suivants :

  • on prévoit, on anticipe, on prépare, au lieu de rester dans le moment
  • on ose pas raconter des histoires, on le fait mal
  • on ne cherche pas l’excellence par complexe d’inferiorité.

Pourtant le paradigme est tout simplement faux ! Du moins incomplet !

A écouter les artistes interviewés à la radio ou s’exprimant sur ted, on réalise que des tonnes d’écrivain écrivent sans connaître la fin, et découvrent leur livre au fur et à mesure qu’ils l’écrivent, et n’ont pas de plan en tête avant de le commencer. C’est peut-être notre éducation qui nous apprend à faire un plan en 3 parties avant de nous lancer dans la rédaction qui nous empêche de nous jeter dans une histoire sans l’anticiper.

On réalise également, à les écouter, qu’une proportion énorme des œuvres sont réalisées d’un jet, en écriture, en peinture, en musique… Ça n’en fait pas de moins bonnes œuvres ! Parfois au contraire !

Il existe des méthodes et des théories que les artistes connaissent instinctivement ou explicitement et qu’ils utilisent dans leur récit.

De la même façon, ces outils sont utilisables en improvisation et ont été très décrits par Keith Johnstone.

Ainsi, je crois qu’un spectacle d’impro peut être meilleur qu’un spectacle écrit, mais que ça demande un investissement et de l’énergie, et pas ce côté : “c’est pas grave, c’est de l’impro”, qui fait que les spectacles se passent dans des mauvaises conditions de visibilité, d’éclairage, de musique, de costume…

Arrêtons d’anticiper, lançons nous dans l’inconnu, et admettons que nous sommes des artistes capables de produire de vrais morceaux de théâtre.

Réflexions

Différentes perceptions :

Stefon Harris explique l’improvisation musicale de Jazz. J’ai trouvé cette vidéo grâce à Impro-Bretagne. (Sautez l’impro du début si vous n’êtes pas intéressés par la musique en elle même… 6’30 environ)

Elle m’a frappé, parce que les concepts de base semblent très proches de l’improvisation théâtrale.

Cependant, je me suis dit qu’un improvisateur de match y entendrait sans doute quelque chose de très différent de moi. Tentative d’observation de deux points de vue différents :
Ce qu’un joueur de match entendra :

  • Les erreurs n’existent pas tant que le reste du groupe l’intègrent.
  • La rudesse met le bordel !
  • Il faut écouter plutôt que d’être rude.

Pourtant, on peut interpréter très différemment son message :

  • Le mot important à propos des erreurs est “react” ! Il faut réagir, et non pas l’ignorer comme si elle était normale ! Cette note a eu lieue, elle est étrange dans cet univers, elle doit y changer quelque chose. Pourtant, je vois très peu de gens réagir !
  • Lorsque quelqu’un anticipe et “lead”, c’est le bordel ! Il n’y a pas de leader, juste un groupe qui construit ensemble en ajoutant des touches tous ensemble.
  • Il développe l’écoute en parlant d'”être ici et maintenant”, c’est à dire, ne pas être dans sa tête, ne pas anticiper, mais créer “organiquement” une création avec le groupe entier.
A voir ailleurs !, Réflexions , , , , ,

“Comedy has to be recognition”

Il y a plein d’idées que j’aime bien dans cette vidéo :

  • Jouer face à un public d’inconnus : je pense qu’on a un retour plus honnête, et que ça diminue la peur d’être devant des étrangers ! Jouez devant un public d’inconnu !
  • Larry dit qu’il juge son succès aux rires, mais Ricky Gervais lui oppose que même les mauvais comédiens qu’il a vu à un Comedy Club tirent des rires du public. Il dit que l’humour doit être la reconnaissance (dans l’idée : “ah ah, c’est tellement vrai !”), mais en même temps, il ne faut pas que n’importe qui puisse faire la même chose !

Et pour relier ça à l’impro, je crois vraiment à l’idée qu’en restant sincère et vrai dans son impro, on tire des émotions (rire, peur, empathie) de meilleure qualité qu’en allant chatouiller le public avec des grimaces et un jeu caricatural !

A voir ailleurs !, Réflexions

Corrélation ?!

J’ai toujours constaté une forte corrélation entre la qualité d’un spectacle et celle de l’entraînement juste avant.

Souvent, lorsque l’entraînement est mauvais, le spectacle est bon, alors qu’à l’inverse, un bon entraînement donne souvent un spectacle médiocre…

Je ne me l’explique pas vraiment.

Vous avez remarqué également ? Vous avez une explication ?

Réflexions

Mais en fait, le match, c’est bien ?

J’ai critiqué de nombreuses fois le Match d’impro. Pour de nombreuses raisons… Pour mieux connaître la bête, j’ai acheté Impro I et II, de Robert Gravel et Jan-Marc Lavergne, m’attendant à lever régulièrement les yeux aux ciel pendant ma lecture…

Je viens de recevoir le livre, et feuillant les premières pages, le livre remporte déjà mon adhésion…

Non pas par la puissance de l’argument, mais bien parce que je suis déjà d’accord avec Gravel sur les principes de bases de l’impro.

Dès les premières pages, il a borde 3 notions qui me paraissent centrales et essentielles : la spontanéité, le risque, et la présence !

La représentation doit être traversée par un courant de spontanéité qui doit électriser le spectateur.

La pratique de l’improvisation doit briser le comédien, le rendre disponible à l’acte théâtral, souple face au jeu.

Il n’est pas un exécutant qui se protège derrière son “savoir-faire”, derrière des trucs ou des recettes, mais un être vivant qui RISQUE (note de moi : le mot est bien en majuscule dans le texte) et dont la voix et le corps vibrent sous le choc de la poésie de l’auteur d’une manière constamment renouvelée !

Peut-être qu’effectivement, ce qui est cassé dans le match, c’est sa transmission et son enseignement.

J’ai appris ce week-end que la faute de cliché était née lorsqu’ils ont joué à la télévision et qu’ils n’y avaient pas le droit de prononcer des noms de marques. Les gens l’ont reprise, lui trouvant toute sorte de justification alors qu’elle n’était pas là ni à l’origine, ni dans d’autres contextes, juste pour la télévision…

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Format

Les discussions à propos des formats sont parfois interminables.

Lequel est le mieux ? Format long ? Format court ? Inventer son propre format ? Utiliser un format existant ? Modifier un format existant ?

Comment bien choisir son format ?

Un format doit correspondre à votre pratique de l’impro, et à votre développement. Il doit également satisfaire le public !

Êtes vous un vétéran ou un débutant ?

Si vous êtes un débutant, peut être que vous allez choisir un format court (qui se joue en 30 min – 1h), car même si c’est un désastre, le public n’aura pas à le subir trop longtemps.
Peut être que vous devriez choisir un format qui permet de mélanger différentes expériences, comme un MicetroTM.

Si vous êtes un vétéran, il peut être intéressant de se fixer un nouveau défi :
Travailler un ou plusieurs genre (western, Molière, Shakespeare, …). Travailler la physicalité avec un format muet. Réduire le nombre de joueurs sur scène (4 ? 3 ? 2 ? 1 ?), et adapter le format.

Combien de joueurs avez-vous ?

Si vous êtes très nombreux, un match ou TheatreSports, ainsi qu’un Micetro ou un format basé sur l’élimination permettra de faire jouer de nombreuses personnes. Avoir un présentateur, des juges, des régisseurs, gérer des décors/costumes/accessoires permet de mobiliser de nombreuses personnes.

Quelle type de scène vous intéresse ?

Courtes / Longues. Jeux / Scènes sans contraintes.

Voulez-vous un directeur dans votre format ?
La présence d’un directeur réduit la peur, et permet d’aller plus loin sur scène. Il ne faut pas non plus trop se reposer sur lui et être capable d’improviser sans. Un seul directeur ou tous les joueurs doivent-ils diriger ?

Le format doit-il prendre en compte l’échec ?
Peut-on dire que la scène était ratée ? Faut-il punir les joueurs si c’est le cas ?

Quel place pour le public ?
Peut-il voter ? Peut-il donner des suggestions ? Peut-il jouer ?

Voilà plusieurs questions qu’il est important de se poser lorsqu’on crée / choisit un format.

Lorsqu’on modifie un format, il est important de bien comprendre le format initial, et de ne pas le faire par peur ou juste pour le changer, mais pour l’améliorer ou le rendre plus risqué pour vous.

Quelques exemples :

J’ai un groupe nombreux, avec des niveaux très différents. Je veux faire jouer tout le monde.
Jouons un Micetro tm!

J’ai un petit groupe de vétérans. On aime créer des histoires longues, mais on s’ennuie un peu.
Créons un format long western en costume.

J’ai un groupe moyen de débutants.
Jouons un cabaret court (30 min) en première partie d’un autre spectacle !

Si vous avez besoin de conseils en matière de format, n’hésitez pas à m’exposer votre situation dans les commentaires, je vous conseillerai des formats !

Surtout, réfléchissez bien avant de créer ou modifier votre format aux rôles que vont tenir les éléments de votre format.

De nombreux groupes trouvent des idées astucieuses dans leur format pour se rassurer et avoir quelque chose auquel se raccrocher (comme on peut se raccrocher aux blagues de l’arbitre dans un match). Mais n’oubliez pas que l’impro est au cœur de votre spectacle ! (ou alors écrivez certains morceaux, mais avec sérieux).

Testez ! Essayez des trucs, enlevez en d’autres, voyez ce qui fonctionne le mieux pour vous !

Ne créez ou modifiez pas quelque chose juste pour vous l’approprier. Faîtes des changements pour une bonne raison ! Surtout si vous ne comprenez pas parfaitement les raisons des éléments d’un format.

Réflexions

C’est bon, j’ai fait l’tour !

Je suis assez impressionné par le nombre de gens qui pensent qu’ils peuvent se passer d’un prof.

Pensez à tous les gens qui après 2-3 ans d’impro en atelier montent leur propre troupe (2-3 ans est en général le temps d’un cycle pour les écoles d’impro, et le temps nécessaire pour avoir suffisamment d’aisance pour vouloir monter son propre spectacle).

Ce qui m’attriste, c’est que je ne pense pas qu’on puisse se passer d’un prof. Arrêter d’apprendre et tout vouloir découvrir par soi même me paraît difficile, voir impossible. Surtout si on s’entraîne 2 à 3h par semaine.

Et même avec un fort investissement, avoir un regard extérieur, et quelqu’un qui essaye juste de vous faire progresser et vous faire prendre des risques, explorer de nouveaux territoires, pointer vos blocages et vos défauts est une pure mine d’or.

Et si personne ne convient, on peut toujours faire intervenir des gens venant de l’étranger pour des ateliers ponctuels qui sont souvent source d’inspiration et de progrès. L’avantage de l’improvisation théâtrale, c’est que c’est une pratique peu répandue et peu populaire, rendant les meilleurs intervenants internationaux très disponibles et à des prix abordables.

Je vous encourage donc à continuer à vous former, vous n’en aurez qu’une pratique plus exaltante et de meilleure qualité !

Réflexions

Prise de risque

Hier soir, j’ai vu une pièce improvisée, jouée par Eux. Ils ont demandé un lieu pour commencer, et on leur a offert “Le phare de Dunkerque”.

Ìls ont accepté. Là où de nombreux improvisateurs auraient été effrayés de ne pas connaître la ville, et se serraient réfugiés dans une attitude de “surtout ne définissons rien, et ne donnons aucun détails au cas où ça contredirait la réalité de Dunkerque”, ils ont pris des risques, et ont ajouté un certain nombre d’éléments au phare (7étages) et à la géographie de la région (falaises).

Les gens sont sortis plutôt contents du spectacle.

J’ai appris par la suite que la dame qui venait de Dunkerque avait soufflé pendant le spectacle (“il n’y a pas de falaises à Dunkerque”).

Et alors ? C’est la seule spectatrice de la salle à s’en être rendue compte, et elle n’a pas passé un mauvais spectacle pour autant.

Prenez des risques, plantez-vous, c’est pas grave !

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L’impro, c’est facile !

Et vous espérez tous lire ici la recette magique qui vous donnera de super-pouvoirs d’improvisateur.

Mais non. Car la difficulté, c’est d’enseigner l’impro.

Mais l’impro en elle même, c’est facile, et ça ne peut pas en être autrement. Personne ne veut voir des gens souffrir sous la difficulté de l’effort sur une scène. On veut voir des gens à l’aise, confiant, qui construisent des histoires comme ils disent bonjour.

Keith Johnstone a dit : “Impro is easy… if you look at it the right way”

Toute la difficulté est là : découvrir quelle est le bon angle, la bonne façon d’aborder l’impro. Mais une fois que c’est trouvé, c’est facile !

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