La culture du consentement en impro

La question se pose régulièrement : comment montrer de l’intimité sur scène?

J’ai très rarement vu de beaux baisers en impro. J’ai vu beaucoup de main sur la bouche, de gens crispés, etc. J’ai aussi beaucoup entendu de gens qui étaient mal à l’aise à cause d’un improvisateur qui touchait beaucoup ses partenaire. J’ai entendu régulièrement des gens dire que c’est à la personne mal à l’aise de se forcer.

Ca me paraît être des mauvais comportements. Comment faire alors ?

On va utiliser la culture du consentement !

Les idées clés de la culture du consentement :

  • Le consentement s’obtient en amont !
  • Le consentement peut être verbal ou non verbal.
  • Le consentement s’établit entre deux personnes.
  • Le consentement peut être rétracté à n’importe quel moment.
  • C’est la responsabilité de chacun de respecter les limites des autres.
  • C’est toujours la personne qui outrepasse les limites de quelqu’un d’autre qui a tort.

Qu’est-ce que ça signifie en vrai?

Ca signifie que vous ne pouvez pas fixer des règles de groupe pour toute la troupe. On ne peut pas décider qu’au prochain spectacle, on s’embrasse tous avec la langue, et on se met des mains aux fesses. C’est une décision qui se prend à deux : quelle proximité physique on va avoir, qu’est-ce qu’on peut toucher, est-ce qu’on s’embrasse, comment on s’embrasse, etc.

J’encourage les gens à avoir des discussions à ce propos, mais le consentement peut être obtenu non verbalement. Si vous plaquez votre partenaire de scène contre un mur, et l’embrassez furieusement, vous prenez le risque d’outrepasser ses limites si vous n’avez pas obtenu de consentement verbal en amont. Si vous vous rapprochez et que vous laissez votre partenaire faire une partie du chemin et que vous allez tous les deux l’un vers l’autre, c’est une façon d’avoir un baiser consensuel non verbal.

Si vous vous posez alors la question : ben oui, mais si je veux justement faire une scène avec un baiser fougueux et surprise ? La réponse est simple : obtenez le consentement avant le spectacle verbalement (et ça peut être pendant un entraînement, juste avant le spectacle, juste avant la scène, etc…).

Certaines personnes peuvent penser que mettre de discuter des règles est compliqué et limitant. Mais c’est tout à fait le contraire. Il s’agit de créer un climat de confiance entre les improvisateurs pour explorer leur expression corporelle. Si je suis avec un partenaire et que je sais que c’est très important pour lui que notre interaction soit consensuelle, et qu’il souhaite respecter mes limites, je serais prêt à aller beaucoup plus loin avec cette personne qu’avec quelqu’un en qui je n’ai pas confiance. Si je n’ai pas confiance, le moindre contact physique va me donner envie de faire un bond en arrière.

Est-ce que ça va permettre que tout le monde soit à l’aise tout le temps ? Sans doute pas !
Même si on applique une bonne culture du consentement, il arrivera sans doute des moments où les limites des gens change, pour de nombreuses raisons : quelqu’un se blesse et ne veut pas être touché à certains endroits, quelqu’un a trouvé un amant et ne veut plus

embrasser d’autres personnes, etc. La nature du consentement est aussi parfois très complexe : dans notre communauté de danseur de Blues, nous dansons fréquemment avec un très fort contact physique, poitrine contre poitrine, têtes collées l’une à l’autre, et un peu plus d’espace pour les hanches et les jambes (voir la photo).
Pour autant, on serait tous très mal à l’aise de se toucher la poitrine les uns des autres avec nos mains. Donc poitrine contre poitrine, ça nous va, main contre poitrine, houlala!

Que faire donc quand quelqu’un est mal à l’aise et qu’une limite a été outrepassée?

Sur le moment, deux bonnes possibilités : corriger ou arrêter. Corriger peut être verbal “ta main sur ma cuisse me met mal à l’aise, est-ce que tu peux la mettre sur mon épaule plutôt ?”, ou non verbal *prendre la main sur la cuisse et la replace sur l’épaule*.
Arrêter avec un “Again” ou juste un “Scène”. Une mauvaise : serrer les dents et attendre que ça passe.

Comment réagir ? En discuter, si possible en étant spécifique : tu as mis ta main sur le bas de mes reins, et ça m’a mis mal à l’aise. Tu as touché ma bouche et ça m’a mis mal à l’aise.
Il est ensuite très important de ne pas réagir en étant sur la défensive et de culpabiliser la personne mal à l’aise. C’est la responsabilité de chaque individu de respecter les limites des autres, et même si c’est parfois difficile quand les limites changent beaucoup, c’est votre responsabilité… donc excusez vous !! “Je suis désolé de t’avoir mis mal à l’aise” / “Je suis désolé d’avoir mis la main sur ta bouche”.
Considérez ensuite cela comme la nouvelle limite : ne recommencez pas ! Pour toujours ? Non, pas forcément. Si vous souhaitez re-négocier cette limite, il est préférable que cela vienne de la personne qui s’est sentie mal à l’aise : “J’étais pas très à l’aise avec les baisers avant, mais maintenant, je veux bien essayer avec toi”. Ou de vous, mais commencez verbalement “J’aimerai qu’on reparle de nos contacts physique, est-ce que tu penses qu’on peut changer les choses sur les câlins?”. Évidemment, si vous essuyez un non, ne le remettez pas sur le tapis tous les deux jours.
(Attention, j’écris cet article en supposant que vous êtes dans environnement bienveillant avec la volonté de trouver et d’établir vos limites ensemble. La situation est très différente lorsque la personne qui transgresse vos limites le fait volontairement)

Alors oui, au début, ça paraît très étrange d’avoir comme conversation “Est-ce que je peux te toucher les seins sur scène?”, mais je peux vous assurer que ça créé un excellent climat de confiance et de liberté!

Pour finir, une citation d’une blogueuse : “Why settle for consent when you can aim for enthusiasm?”

Réflexions

Improvisez différemment!

Je reviens d’Hawaii, où j’ai participé à Improvaganza, le festival international organisé par On The Spot Improv avec les Parisian Gentlement of Paris.

On y a vu des spectacles très bien, d’autres moins bien, revu de vieux amis, rencontré des nouveaux. Je ne m’étendrai pas là dessus.

J’aimerai vous parler d’un spectacle en particulier qui m’a marqué : FUNBUCKET.

Sur le papier, ce n’est pas ma tasse de thé : le public met dans un énorme sceau des objets personnels, et les improvisateurs vont aller piocher dedans, et faire une scène courte. Le concept ne m’a pas parut très original, et ça rappel fortement les détournement d’objets de match. Bof… Mais en voyant le spectacle, j’ai été complètement subjugué par ce qui s’y passait. J’y ai vu de l’impro comme je n’en avais jamais avant, et je me suis surpris à penser “put***, mais qu’est ce qui se passe?”

Les joueurs sont tous de solides improvisateurs, à la fois drôles, mais parfois aussi extrèmement dérangeant. Ils parviennent à créer une véritable atmosphère d’improvisation pure où on ne sait pas ce qui va se passer. Pour parvenir à ce résultat, ils ont décidé de changer radicalement leur façon d’improviser. Le directeur du spectacle, Douglas Willot nous a confié qu’il disait régulièrement à son équipe “stop that, you’re doing good improv” (arrêtez ça, vous faîtes de la bonne impro). Dans funbucket, pas de oui et, pas de tomate. On sent une forte liberté et de la prise de risque.

D’autre spectacles m’ont marqué sans être pour autant aussi radicalement différents : Indigo Shift avec un vrai cabaret (placé dans un contexte de fin du monde), incluant des scènes et des chansons, et un certain désespoir et une certaine vulgarité.

Ou encore Five Deadly Improvisers qui improvisent un film de karaté avec des combats et des cascades, ce qui ouvre un nouveau volet complet d’improvisation physique. Je pense aussi à On The Spot avec leur spectacle Hush entièrement muet, ou Confidence Men et leur Mamet improvisé, ou encore Your hand goes here avec des marionnettes improvisées qui interagissent avec des humains.

Je l’ai déjà mentionné dans un article précédent sur les formats, mais il me paraît très important de développer VOTRE impro. “Oui et” n’est pas une règle absolue, toutes les scènes n’ont pas besoin de commencer par une suggestion, on en a marre de voir passer un oiseau en fond de scène dans tous les spectacles d’impro…

Attention, je ne suis pas en train de dire “il n’y a pas de règles”. Certes, il n’y a pas de règles, MAIS, je dis : “choisissez vos propres règles”. [Écoute, Accepte, Propose] n’est qu’une façon d’improviser parmi d’autres. On peut remettre en question les règles personnellement, dans chaque scène, mais c’est encore plus intéressant de le faire en tant que groupe…

Alors qu’est ce qu’on peut faire ? On peut casser les règles de l’impro :

  •  Arrêtez d’écouter. Parlez de ce dont vous avez envie, quand vous voulez. On voit en permanence en impro deux personnes commencer une phrase, et s’interrompre pour écouter l’autre, parce qu’on est poli, et qu’on a appris à écouter. Mais Indigo Shift par exemple ont des moments très forts et très vrais où ils parlent l’un par dessus l’autre… Dans de nombreuses pièces, un des personnage répond à côté, quelque chose de déconnecté de la réplique précédente.
  • Arrêtez d’accepter. Refusez des idées, dîtes non, emmenez l’impro là où votre partenaire ne l’attend pas. Mettez le en difficulté, forcez le à aller trouver autre chose!

On peut changer le rhytme :

  • Accélérez. Pas de temps mort, on y va à fond!
  • Ralentissez. Prenez votre temps, laissez du silence. 30 seconde de scène avant de parler. Lors du mash up (mélange de toutes les troupes à la fin du festival), un groupe a joué un spectacle de 15 minutes, et ils n’ont commencer à parler qu’après la moitié du spectacle!

Quand j’y pense, cet article est dans la continuité de celui que j’avais écrit .

De plus, pour avoir vu maintenant plusieurs “scènes” d’improvisation dans des villes différentes, il est assez clair que chaque communauté (ville?), créé un style. Il y a toujours un arrière goût commun… Du coup, pour s’en libérer, il faut aller voir ailleurs : lire autre chose, voir autre chose, voyager, s’inspirer d’un domaine différent que l’improvisation! Allez jusqu’au bout de la démarche!

Réflexions

It’s about tolerance, stupid!

Une critique du e-livre écrit par Ian Boothby : It’s About Tolerance Stupid : essays on improv & how to make things better without making yourself crazy ! (à ne pas confondre avec Ian Parizot que je cite régulièrement sur ce blog)

Mais d’abord, un peu d’histoire. J’ai connu Ian via Facebook en discutant sur son groupe “No and…”. Ian est un improvisateur, un comédien, et un dessinateur. Il écrit régulièrement des petites réfléxions sur son groupe, ce qui génère souvent des conversations houleuses. J’ai donc été assez surpris lorsqu’il m’a envoyé son livre. Je lui ai alors proposé d’en faire une critique ici.

Tout d’abord, ce n’est pas un livre sur l’impro. Du moins, pas comme vous pouvez vous y attendre. Il n’y discute pas de comment improviser, et n’espérez pas y trouver de nouveaux exercices. Ce livre est une série de réflexion sur la vie d’un improvisateur, ancrée dans le vécu de Ian.

En ce qui concerne la forme, c’est en anglais, et c’est assez bien écrit. Facile à lire, assez amusant parfois, sans que l’humour ne prenne le pas sur le message. En revanche, c’est assez désorganisé. Il y a certes une structure globale qu’on finit par sentir à la fin, mais on se demande régulièrement vers l’auteur nous emmène.

Sur le fond, je pense qu’il y a des conseils assez solides, et des réflexion très intéressantes, même si je pourrais ergoter sur nombre d’entre elles… Il s’agit globalement d’un livre qui aiderait sans doute de nombreuses personnes qui se sentent frustrés par leur pratique. Le livre, même s’il reste court est à mon avis légèrement trop long, et je me suis pris à penser sur la fin “bon, on a compris…”, vu qu’il tourne autour des mêmes idées d’un bout à l’autre, à savoir : prendre plus de risques dans sa carrière et ne pas écraser les autres à coup d’insultes et d’absolus.

Je recommande la lecture de ce livre qui reste une lecture rapide et pas cher ! Je pense que vous en tirerez le plus de richesse si vous le lisez après avoir une certaine expérience de l’improvisation, de son milieu, de la dynamique des troupes… En particulier si vous vous sentez frustrés dans votre pratique.

Réflexions

J’veux du quotidien, bordel !

Cet article est un parallèle avec cet article trouvé sur impro-bretagne, à la lecture d’un article sur Keith Johnstone.

J’aimerai commencer par dire que j’aurais pu écrire cet article d’impro-bretagne il y a quelques années. J’étais persuadé qu’il fallait sortir du quotidien pour faire quoi que ce soit d’intéressant. J’ai largement changé d’avis depuis. Pour autant, je pense que l’article écrit par Charlotte Baheu est rigoureusement exact.

Alors qu’est-ce qu’il y a de plus à dire ? Eh bien, je ne crois pas que les scènes dinettes existent, définies dans l’article comme une scène de la vie quotidienne avec un dialogue comme celui retranscrit plus bas,

“- Bonjour Madame.
– Bonjour Madame, qu’est ce que je vous mets aujourd’hui, Comme d’habitude ? Une baguette moulée ?
– Non, aujourd’hui, je vais prendre une boule de campagne.
– Ah ? Tranchée ou pas ?
– Oui s’il vous plait.
– Avec ceci ?
– Ce sera tout.
– 2,8 € S’il vous plait
– J’ai l’appoint si ça vous arrange.
– Merci ça ira. Et 20 centimes qui font trois.
– Merci Madame, au revoir.
– Au revoir et attention à la marche en sortant.”

En tout cas, je n’en ai jamais vu. Ce que j’ai vu, ce sont des scènes qui commencent comme ça, et comme les comédiens paniquent et se rendent compte que ce n’est pas intéressant, ils vont aller chercher le conflit en négociant le prix de la baguette ; ils vont tenter de trouver plein de blagues à coller sur la situation.

Je pense honnêtement que si un groupe d’improvisation arrivait à sortir une scène complètement banale comme celle là, j’aurais une grande admiration, et je prendrai sans doute un certain plaisir à la regarder. Peut être même que j’aurais envie d’une autre pendant le spectacle… Mais je suis d’accord que ce n’est pas suffisant.

En revanche, même si ce n’est pas très clair dans l’article quelle est la “solution”, le fait que le titre de l’article parle de “rêve”, et l’oppose au “quotidien”, je pense que ça peut être compris comme : allez faire de l’extraordinaire, de la fantaisie, de l’imaginaire…

En impro, tout est possible. Et c’est génial. On monte sur scène, et on peut faire n’importe quoi ! Et c’est jouissif à regarder également. Ces pures explosions de spontanéités où une fourmie apprend le karaté et dompte des rats pour gambader dans les près et capturer des papillons. Cependant, ces scènes qui sont jubilatoires ne sont à mon avis pas beaucoup plus satisfaisantes qu’une scène dinette. On en ressort un peu vide.

C’est la question du contenu, du mordant, du message, comme l’article l’évoque : on peut rendre la boulangère intéressante si on y ajoute un point de vue.

Ce n’est pas en faisant de l’extraordinaire qu’on ajoute un point de vue. C’est en ayant un point de vue, et en osant exprimer des choses personnelles.

Et je pense que faire de la fantaisie ou de l’extraordinaire rend plus difficile le fait de transmettre quelque chose.

J’ai envie de voir des scènes du quotidien. Des scènes banales, mais avec un point de vue.

J’ai envie de voir la fille d’un couple gay annoncer à ses parents qu’elle est hétéro, j’ai envie de voir un type sortir de prison avec nul part où aller, j’ai envie de voir un couple tomber amoureux, j’ai envie d’en voir un autre se séparer, j’ai envie de voir une scène de “panne” sexuelle…

Je veux du banal, parce que j’ai plus de facilité à m’identifier à ces scènes qu’à une fourmie karatéka.

A voir ailleurs !, Réflexions

La voie de la voix

Prendre une voie, avoir une voix !

J’ai été un grand consommateur d’improvisation théâtrale, je le suis moins maintenant. Une des principale raison de ce manque d’apétit vient en partie du fait que dire “c’est de l’impro” suffit bien souvent à donner une idée assez précise de ce qu’on va voir… Paradoxalement !!!

La plus part du temps, je vais voir des gens habillés tout en noir, ou en noir et blanc, faire des blagues (dont l’une sera le passage d’un oiseau en fond de scène), avec des jeux que je connais bien.

Certes, le talent des joueurs va varier, et certains seront plus drôles que d’autres, certains maîtriseront mieux les mécaniques du jeux que les autres…

Mais on assiste alors à l’équivalent d’un sport : les règles sont complètement fixes, et on voit différentes équipes s’y essayer. Mais où est l’art ?

Certes, certains groupes “habillent” leur impro avec un joli emballage, mais à l’intérieur, c’est toujours la même chose. Pour réellement avoir une voix différente, il faut changer sa façon d’improviser !

Il existe des gens qui essayent des choses différentes : la lilyade, eux, les improfessionals, smoking sofa, etc… Cependant, ces groupes sont bien rares !

Il y a une citation que je ne retrouve plus qui dit que l’art, c’est faire des choix. En cherchant, j’ai également trouvé cette citation d’Harry Potter (que je n’ai jamais lu) “Ce sont nos choix qui révèlent qui nous sommes vraiment ; plus que nos capacités”. Je suis effectivement plus intéressé par voir qui sont les joueurs plutôt que de voir à quel point ils savent bien faire ce que tout le monde fait.

Choisir. C’est là que les improvisateurs sont en difficulté. L’improvisation théâtrale a cette notion que tout est possible, et que rien n’est prévu, ce qui pousse les groupes à ne faire aucun choix. On voit alors fleurir des costumes “neutres” (tout en noir) ; on voit des affiches où les joueurs portent des costumes sans aucun rapport entre eux pour montrer que tout est possible…

Tout est possible, et pourtant on voit beaucoup la même chose…

Faire des choix, c’est restreindre ses possibilités. C’est dire non à certaines choses (ouch, c’est dur pour un improvisateur). C’est limiter certaines possibilités pour découvrir un nouveau terrain de jeu.

Quelques idées en vrac pour vous donner des exemples de gens qui ont développé leur voix. Ces exemples ne sont pas tous courronnés de succès, mais comme dit André Gide “Mieux vaut être haï pour ce que l’on est, qu’aimé pour ce que l’on n’est pas.

  • Happiness Puppet Machine : un spectacle de marionnettes improvisé avec des thèmes adultes (psychanalyse, meurtre, etc…)
  • On The Spot : ils improvisent un spectacle muet d’un bout à l’autre
  • la lilyade : ils improvisent des histoires en rapport avec un défunt (on voit une suite de confession auprès d’un cerceuil puis des scènes)
  • Pimprov : 4 macs font des jeux classiques d’impro. C’est difficile à décrire, mais les joueurs jouent des macs (pimps) qui font de l’impro.

Alors, comment développer sa voie/voix ?

Prenez des risques ! Accéptez de ne pas pouvoir TOUT faire dans votre spectacle. Jouez sur le nombre de joueurs (plutôt que de simplement jouer avec qui est dispo), les costumes, le maquillage, le décors, les thèmes que vous allez aborder, le genre. Réfléchissez au type de scène que vous voulez faire : des comptes de fée, des scènes du quotidiens, des scènes choquantes, des histoires bien ficelées…?

Cette dernière étape est sans doute une des plus importante, et une des plus négligée. Les improvisateurs ne regardent que très rarement leur contenu ! Et c’est pourtant ça qui fait l’artiste !

J’espère qu’on verra se développer des styles et des contenus différents dans le paysage français !

Réflexions

Contrainte et contrainte

Cet article m’a été inspirée par un échange de vidéos avec Ian.

C’est parti de cette vidéo :

On a donc un empilement de suggestion, complètement déconnectées :

  • une femme fatale
  • un révolutionaire mexicain
  • dans une fôret
  • “le poney de ton grand père est mieux que ma deux chevaux”

Arnaud Tsamère commence avec une attitude très négative pendant la prise de suggestion, ce qui est une attitude extrèmement répandue, et loin d’être ma préférée.

Cependant, j’ai ri… Toute cette phase de prise de suggestion est fort distrayante, et la réaction des comédiens est assez plaisante à voir… L’impro, nettement moins. Un jeu certes physique, mais complètement caricatural sans histoire solide, une intervention programmée sortie de nul part qui tue la fin de l’impro… Bref, pas génial… Ce qui m’a rappelé cette vidéo de Jimmy Carr :

Du grand typique de Jimmy Carr avec un mélange d’interaction avec le public dans lequel il intègre des morceaux pré-écris (la partie sur mère thérésa notamment), des réparties, des moqueries du public. Mais surtout, j’aime particulièrement sa conclusion, sur le fait qu’après avoir empilé toutes ces suggestions : Henry VIII, accent australien, lire les pensées, créationisme, ta mère, il dit : “et si on en restait là ? Vraiment… C’est tout ce que je fais en impro, là partie où vous faîtes des suggestions… J’ai toujours pensé que la suite était un peu merdique… Je les suspecte d’inventer leurs scènes. [pause] Vous avez l’air vraiment déçus, genre “oh, je pensais que ça allait être super…”. Henry VIII, l’australien et sa mère… [se met en personnage] Je sais que tu veux que je me marie, je peux lire tes pensées [fume, écrase sa cigarette, sors du personnage] C’est merdique, hein !”

Le gros avantage du sketch de Jimmy Carr, c’est que la partie intéressante dure 7 minutes, et la scène dure 10 secondes, contrairement à celui des bonimenteurs et d’arnaud tsamère où les proportions sont inversées.

Tout ça pour en venir à une discussion sur les contraintes… Car dans ce cas là, c’est trop ! Je ne suis plus un grand amateur de suggestion depuis un moment, donc pour moi, le nombre idéal de suggestion est zéro, ou une. Dès qu’on commence à les empiler, on arrive systèmatiquement à une débauche absurde et caricaturale… Assez proche du jeu de pimping où 3 improvisateurs discutent d’un 4ème hors scène en lui attribuant plein de qualificatifs physiques et de charactère qu’il devra jouer lorsqu’il monte sur scène. Ce jeu est un pur jeu de performance qui ne mène jamais à une scène très intéressante. Et c’est une pratique très courrante… Souvent chez les groupes vétérans de l’improvisation : avec les années qui passent, pour continuer à trouver un intérêt à l’impro, ils accumulent les jeux, les suggestions, les contraintes pour augmenter la difficulté (sans parole immobile à la manière d’un wester avec comme thème “la fusée du dimanche”).

Les lecteurs assidus me diront donc : ben oui, mais attend là… Tu nous dis que trop de suggestions, c’est pas bien, parce qu’il y a trop de contraintes, mais en même temps, dans l’article précédent sur la lyliade, tu fais l’apologie des formats contraints… Faudrait savoir !

Eh bien justement, c’est l’objet de cet article ! (C’était long comme intro…)

La contrainte est ambivalente : elle nous limite et nous empèche d’inventer complètement librement, mais elle nous inspire en nous donnant des règles et un cadre. Il est difficile de trouver l’inspiration lorsqu’on contemple une page blanche ou une scène vide. L’infinité des possibilités nous rend indécis et hésitants. La contrainte, le thème, la suggestion, la règle, le format restreint cet océan de possibilité à une zone de jeu délimitée dans laquelle nous pouvons nous amuser. Il est alors toujours difficile de trouver un ensemble de contrainte qui nous inspire sans nuir à la qualité du contenu.

Alors pourquoi je trouve dommage de prendre 4 suggestions, mais je trouve super de faire un vaudeville improvisé en costume ? Parce que d’un côté on a 4 contraintes différentes prises au hasard qui génèrent forcément de l’absurde, alors que de l’autre, toutes les contraintes sont cohérentes les unes avec les autres. C’est presque la différence entre une bonne improvisation et une mauvaise. Les 4 suggestions pourraient être 4 propositions des 4 joueurs différents essayants de tirer l’impro dans leur direction : moi je veux faire une femme fatale, oui mais moi je veux faire un révolutionnaire méxicain, oui mais moi je veux jouer dans une fôret, oui mais moi je veux parler de poney et de voiture… Alors que dans un vaudeville improvisé, toutes les contraintes sont cohérentes et construites pour fonctionner ensemble !

De plus, les improvisateurs ont des réactions très différentes face aux contraintes… Certaines sont largement acceptées, et d’autres systématiquement refusées.

Par exemple, tous les joueurs de match acceptent d’avoir des improvisations chronométrées. Et pas une fois de temps en temps… Non, elles sont TOUTES chronométrées. C’est sans doute la contrainte la plus absurde qui puisse exister. La nature même de l’improvisation fait qu’on ne sait pas si une scène va fonctionner ou pas. Elle va peut être mourir au bout de 30 secondes, ou s’envoler pour durer 20 minutes… Mais on décide de ça à l’avance. Et je n’ai JAMAIS vu d’arbitre tenir son sifflet plus de 30 secondes, même si l’impro va quelque part… On peut également imposer le nombre de joueur sur scène, et les improvisateurs l’accepteront sans ciller. On peut imposer une “tenue” (habits de sports immonde, tout en noir, haut blanc, bas noir), mais dès qu’on parle de costume, la plus part des improvisateurs (qui n’ont jamais essayé) répondent “ah non… je veux un truc neutre et libre” (comme si la tenue de match était neutre et libre).

De la même façon, il est très difficile de convaincre un improvisateur de jouer un format long avec un genre (format long western, format long molière, format long stargate SG1…). C’est plus courrant à l’étranger, mais en France, les improvisateurs pensent qu’un genre est une terrible limitation de leur créativité… Pourtant, c’est une contrainte inspirante, car elle nous place dans un univers famillier (en espérant que vous ayez un certain intérêt pour le genre et/ou que vous l’ayez travaillé un peu) dans lequel vous êtes compétent.

Une troisième contrainte généralement refusée : les accessoires et les décors (même si on voit beaucoup de pérruques ridicules, et de chapeaux grotesques). Pour autant, il est rare que les improvisateurs travaillent le mime suffisamment bien pour pouvoir réellement se passer d’objets. J’avoue que l’inconvénient des acessoires, c’est qu’il est très étrange de mélanger objets mimés et accessoires réels. Il faut donc avoir suffisamment d’objets pour ne pas avoir à recourir au mime. Et ça demande beaucoup de logistique et de stockage…

De plus, les improvisateurs sont à la recherche d’originalité le plus souvent. Ils veulent créer leur propre univers, et s’éloignent des classiques. Si on prend le théâtre, le cinéma, la littérature… le nombre d’intrigue est finalement assez limité. Si on prend un sous genre : les comédies romantiques ; le nombre d’intrigue se compte sur les doigts d’une main ! Et pourtant… On nous en sort  40 par an depuis 50 ans… Tout ça pour dire qu’on a jamais épuisé un genre, on a jamais épuisé un type de scène. On pourrait faire un spectacle d’1h30 avec uniquement des scènes de rupture, et ne jamais avoir deux fois la même scène.

Pour moi, le format et les contraintes devraient nous inspirer et nous faire prendre un risque adapté : suffisamment haut pour nous mettre en danger, mais pas trop pour ne pas garantir un fiasco. Mais surtout, ils doivent changer notre façon d’improviser : penser relation / réagir avec son corps / créer du “mischief”… Les contraintes doivent nous pousser vers un beau jeu…

Réflexions

Ode à la Lilyade

J’ai récemment été invité à un festival à Lyon par la Lilyade : la carte blanche !

Et j’avoue que dans cette histoire, tout le monde prenait un risque ! La Lilyade a invitée Ian, qu’ils connaissaient par son blog. Et la Lilyade a ensuite proposé à Ian de venir avec un copain, et il m’a invité à son tour. Autant dire que la Lilyade lui faisait un chèque en blanc, vu qu’ils ne me connaissaient pas du tout ! De mon côté, je connaissais mal la Lilyade. J’avais entendu le nom auparavant, et j’avais vu un bout de spectacle sur internet… Rien de plus.

Et bien, j’ai été séduit par cette troupe généreuse ! Dès les premiers moment de mon arrivée, j’ai pu discuter avec les gens de façon calme et détendue, sans que ce soit un concours de blague et une compétition à qui est le plus drôle comme on peut l’avoir dans d’autres festivals. Sans compter que sans nous connaître mieux que ça, ils ont été particulièrement généreux avec le temps de scène : ils nous ont offert de participer à 4 spectacles sur 3 soirs ! Plein de générosité hors de scène aussi, avec de la plaisir, et de la bienveillance.

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Mais avant tout, j’ai aimé leur approche et les opportunités qu’ils nous ont offert. Tout d’abord, il y a une vraie volonté de faire dans la qualité à la Lilyade. Certes, ce sont des amateurs, mais dans le sens le plus noble du terme : des amoureux de leur pratique à la recherche de spectacle de qualité.

Cependant, cette volonté de qualité ne se fait pas au détriment de la prise de risque : nous avons tenté plusieurs formats pendant ce festivals que la troupe n’avait pas vraiment essayé avant, et que nous avons peu travaillé avant.

Alors comment ça marche ? Particulièrement inspirés par l’école de Chicago (mais on trouve des johnstoniens dans le tas aussi), ils font un véritable travail et apprennent comment improviser, plutôt que de simplement travailler un format. Et ça fonctionne bien, comme illustré par une conversation que j’ai eu avec un spectateur à la sortie d’un spectacle :

  • Spectateur : Comment savez vous ce que vous allez jouez pendant les scènes ? Vous en discutez entre vous sur scène ?
  • Moi : Non non, on se lance juste, et on construit sur le moment…
  • Spectateur : Ah… Ah ben vous devez bien vous connaître alors !
  • Moi : ben en fait, je les ai rencontré il y a 2 jours…

Grâce à la Lilyade, j’ai pu essayer quelque chose d’assez chouette que j’avais envie de faire il y a longtemps : jouer un format long costumé dans un décors. C’était un vaudeville. Ils m’ont loué un costume complet. C’était extrèmement contraint, et beaucoup d’improvisateurs auraient vu ça comme une insupportable limitation de leur créativité : le décors était fixe (on avait une porte !!!) donc nous n’avions qu’un seul lieu, nous étions costumés, donc impossible de jouer différents personnages, l’un des joueur était costumé en majordome donc n’avait même pas le choix de son personnage. C’était un vaudeville, donc l’époque était contrainte, le style, etc… Et pourtant… Et pourtant ! Il reste tant de choses à explorer, à essayer, à faire, à découvrir ! On pourrait en jouer 5 de suites et continuer à s’amuser ! J’ai vraiment beaucoup aimé cette opportunité qui nous a tous mis dans une attitude très théâtrale, plus engagée, plus propre… C’est vraiment quelque chose que j’aimerai reproduir !

Un autre spectacle dans lequel Ian a joué, et auquel j’ai assisté était un soap opéra (à la manière de Dalas), en format long, en épisodes, avec des costumes (un peu plus légers que ceux du vaudeville, mais présents). Encore une fois, c’est très contraint : un personnage, un style, etc… Mais beaucoup de liberté !

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Nous avons également joué le format “signature” de la Lilyade “J’ai toujours voulu te dire…”, qui met en scène la mort d’un personnage, puis on voit un monologue des proches lors de la veillée, suivi d’une scène en relation avec le monologue (un peu comme un armando diaz). Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce format, c’était que nous avons commencé à jouer dès l’arrivée des spectateurs dans la salle qui étaient accueillis par “les membres du service funéraire” et placaient les gens dans la salle, et offraient leurs condoléances.

Bref, tout ça pour vous dire d’aller voir la Lilyade en spectacle si vous passez par Lyon, que cette bande de gens essayent des choses culotées et participent à l’amélioration et la diversification de l’improvisation en France, et que je porterai le t-shirt Lilyade avec fierté !

(crédit photos Marie Cuenot)

Réflexions

Le pourquoi du comment ?

Cet article m’a été inspiré par un article que je lisais : Christine Angot critique le livre de Marcela Lacub sur DSK. L’article n’est pas directement lié à l’impro, mais elle a cette phrase qui a provoqué un déclic chez moi :

Merci à Jean-Michel Apathie d’avoir dit au “Grand Journal” à Eric Aeschimann qui se permettait de comparer mes livres à celui de Marcela Iacub, merci d’avoir répondu “mais Christine Angot ça n’a rien à voir, Christine Angot elle raconte comment son père l’a violée”.
Merci pour le “comment son père l’a violée”. Quand vous êtes dans la vie, non dans “l’expérience”, vous n’écrivez pas “pourquoi” quelqu’un viole, assassine, extermine, vit, est ce qu’il est et fait ce qu’il fait, mais “comment”, vous ne vous placez ni au-dessus ni en dessous, ni par-delà le bien et le mal ni en deçà, mais dans l’univers du “comment” et c’est ça qui vous demande tous vos efforts, car existe-t-il des mots pour dire comment se passe ce qui se passe, et suis-je capable de les remplir de sens et de vie autant que le réel en est rempli ? La littérature montre comment le réel tient.

J’ai trouvé que c’était extrèmement pertinent. La plus part des mauvaises impro, de la mauvaise littérature, des mauvais films essayent de nous expliquer des pourquoi… Pourquoi Hitler était un homme mauvais ? Parce que ses rêves d’artistes ont été brisés… Parce qu’un juif n’a pas retenu la porte pour lui à l’entrée d’un magasin. Parce que sa mère ne l’embrassait pas assez… On finit avec des morales simplistes qui laissent un goût artificiel écoeurant dans la bouche…

En revanche, lorsqu’on essaye de montrer comment, on parvient à montrer l’immontrable. L’improvisation est alors un outil formidable, car il suffit de rester dans l’instant, de rester sincère et vrai, et de continuer la scène moment par moment, sans se projetter vers ce qu’on veut montrer, ni vers une morale qu’on veut tirer.

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L’impro-thérapie

De nombreuses personnes commencent l’improen la considérant comme un moyen d’améliorer leur présence, leur charisme, leur humour, leur capacité à parler en public, leur élocution, leur stresse…

Il y a évidemment différents degrés ! De :

  • Je dois vraiment apprendre à parler en public, qu’est ce que je peux faire pour améliorer ça ? De l’impro !

à

  • J’aimerais bien faire de l’impro, et en plus ça m’aidera à mieux m’exprimer en public !

Eh bien ça marche ! Je ne sais pas si les techniques spécifiques de l’impro aident vraiment, mais prendre l’habitude de monter sur scène sous le regard des autres dans une ambiance conviviale, travailler sa spontanéité aide manifestement…

Pour autant, les gens qui deviennent réellement bons en impro et dont la vie change positivement sont ceux qui pratiquent l’impro non pas pour leur développement personnel, mais pour l’amour de la discipline.

Quand je dis “bon en impro”, je prends comme critère le fait que d’autres joueurs ont envie de jouer avec vous. De nombreux comédiens de théâtre commencent avec une approche “thérapeutique” et deviennent bon.

Cela me paraît complètement antinommique avec l’impro. En effet, une des principale qualité nécessaire pour devenir un bon improvisateur est de pouvoir s’oublier. Détruire le censeur, le juge, le regard qu’on porte sur soi même. Comment est-ce possible lorsqu’on aborde l’impro comme thérapie et qu’il est nécessaire de “suivre ses progrès”, et donc de se regarder en se demandant : “suis-je plus à l’aise à l’oral”.

Nombreux sont les amoureux de la discipline qui finissent par se rendre compte que leur vie change avec la pratique de l’impro.

Tout ça c’est bien gentil, mais où est le problème ? Il n’y a pas vraiment de problème, à part que ce type de pratique de l’impro n’est pas très adaptée à la structure de l’enseignement de l’impro.

La plupart des cours d’impro sont divisés en “niveaux” (ce qui me paraît de plus en plus absurde), et on traverse donc un système du niveau 1 au niveau 3, 5 ou 10 suivant les “écoles”. Que faire ensuite ? Ensuite, il faut trouver une troupe pour continuer à pratiquer, et c’est là que c’est compliqué, parce qu’un amoureux de l’impro n’a pas les mêmes objectifs que quelqu’un qui veut s’améliorer, et donc simplement continuer à pratiquer…

L’idéal serait probablement qu’il existe des ateliers permanents avec un enseignant, sans niveau, qu’on puisse continuer à pratiquer autant de temps qu’on veut.

Évidemment, certaines personnes finissent par oublier l’aspect thérapeutique et tombent amoureux de la discipline !

Tout ça pour dire que l’impro aide, mais que si on veut pousser plus loin, il est nécessaire d’oublier l’aspect thérapeutique. Que je pense qu’il y a une demande pour un atelier permanent sans niveau. Que si vous voulez améliorer votre aisance en public, l’impro est un bon choix, mais qu’il est important de choisir une discipline qui nous enthousiasme vraiment.

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Demander des suggestions

Les improvisateurs français demandent souvent des suggestions, mais ils le font souvent de la même façon. Un petit billet pour ouvrir l’éventail des possibilités.

  • Est-ce que je pourrais avoir une suggestion ?
  • Est-ce que je pourrais avoir un mot ?
  • Est-ce que je pourrais avoir un lieu ?
  • Est-ce que je pourrais avoir une relation ?

Ce sont là, grosso-modo, les 4 possibilités dans lesquelles les improvisateurs piochent. Ils se plaignent souvent également d’avoir les mêmes réponses : tractopelle, knacki, …

Et si on changeait un peu la façon dont on demande des suggestions ?

Tout d’abord, quelques principes de base sur la façon d’aborder le public. La façon dont vous traitez le public changera beaucoup la qualité des suggestions que vous allez obtenir. Si vous présentez un spectacle en attirant l’attention sur le fait que vous pouvez faire une impro sur n’importe quoi, vous aurez sans doute n’importe quoi… Le public essaiera de vous donner le thème le plus “compliqué” (oxymore, paramécie, …) pour vous piéger.  Il est donc important de créer un lien avec le public, une coopération. Lui faire comprendre qu’il est là pour vous inspirer et non vous piéger.

Pour parvenir à ça, ne défiez pas le public. Traitez le bien ! Acueillez le avec bienveillance. Ne vous moquez pas de lui. Demandez lui une suggestion simplement. Ne vous moquez pas des suggestions qui vous semblent ridicule. Si vous avez besoin de faire une blague pour vous débarasser d’une suggestion génante, faîtes là à votre détriment plutôt qu’à celui du spectateur :
– Est ce que je peux avoir un métier ?
– Gynécologue !
– Pas votre métier, monsieur… (au détriment du spectateur)

– Est ce que je peux avoir un métier ?
– Gynécologue !
– J’en sors juste, je préférerais parler d’autre chose… (à votre détriment)

Pour créer cette coopération, vous pouvez ajouter “pour nous inspirer” à la fin de vos questions :
– Est ce que je peux avoir un métier pour nous inspirer ?

Il est important aussi de décider si vous allez prendre la 1ère suggestion quoi qu’il arrive, ou si vous allez en prendre plusieurs. Si vous en prenez plusieurs, n’accueillez pas les suggestions avec une grimace, même si elles ne vous inspirent pas. Remerciez le public d’avoir contribuer pour l’encourager à en faire d’autre. Pour inciter le public à vous inspirer, vous pouvez vous retourner vers les autres joueurs et leur demander “ça vous inspire ?”, si c’est “non”, vous pouvez vous retourner vers la personne, lui sourire, et la remercier.

Essayez de ne pas trop valoriser les suggestions qui font rire le public. C’est souvent une suggestion gag drôle, mais pas très inspirante qui crée une compétition : qui sera le plus drôle, le public ou vous ?

Une technique pour vous débarasser de suggestions qui reviennent tout le temps, vous pouvez les citer en exemple. Cela empêchera les spectateurs de les suggérer. Par exemple :
– Est-ce que je peux avoir un mot ? Tractopelle, ornythorinque, n’importe quoi…

Ensuite, vous pouvez rendre vos demandes de suggestion plus spécifiques pour avoir des suggestions un peu différentes et ajouter de la variété. Les émissions Whose Line Is It Anyway sont une bonne inspiration.
Des exemples :

  • Citez-moi un évènement qui pourrait affecter une ville entière.
  • J’aimerai un évènement qui peut arriver et qu’on aimerait garder secret.
  • Une activité qu’on peut faire le dimanche
  • Un objet qu’on trouve dans un grenier
  • Une circonstance pour rencontrer la femme de sa vie
  • Un moyen de transport incongru

J’ai aussi un peu expérimenté de choisir quelqu’un dans le public et d’avoir une conversation avec cette personne jusqu’à ce que quelque chose déclenche l’inspiration. Ceci évite d’avoir des suggestions gags…

Et vous, comment faîtes-vous vos demandes de suggestions ?

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